L’image linguistique des étudiants en traduction
Par CMT | essais d’éditorial
Le vendredi 16 avril 2010
Par CMT | essais d’éditorial
Le vendredi 16 avril 2010
À l’aube de la collation des grades, les professeurs et chargés de cours inondent leur clientèle étudiante de conseils en vue de leur entrée sur le marché du travail. Au corps enseignant, celui qui n’a pas nécessairement joui d’une conjoncture qui favorise l’employabilité dans un service ou une boîte de traduction, bref à ceux-là qui ont su se tailler une place parfois même sur la scène internationale, chapeau! Or, leurs recommandations en matière d’image linguistique ne sont-elles pas un peu excessives?
À les entendre, il faudrait être parfaits – toujours et en tous points. Non seulement prêche-t-on la rédaction de textes complètement dépourvus de fautes (ce qui, toutefois, est vraisemblable), mais en remet-on sur la syntaxe, le style et le fond. La solution? Écrire, écrire sans relâche; barbouiller des pages et des pages, puis traduire quotidiennement pour exercer son « muscle traductionnel » et parfaire sa rédaction. C’est en traduisant que l’on devient traducteur, certes, mais ne coupe-t-on pas court à l’expression des futurs professionnels de la langue en leur inculquant la phobie de commettre « l’irréparable », soit de laisser une coquille quelque part? Mieux vaut donc s’abstenir de posséder un blogue, de participer trop assidûment au forum de l’Ordre des traducteurs terminologues et interprètes du Québec et de crouler sous de nombreux statuts Facebook. Bref, on leur demande d'avoir la science infuse et, surtout, de rester dans leur zone de confort.
Toute personne n’a-t-elle pas le droit à l’erreur humaine, à l’amélioration et au perfectionnement puisque, en effet, c’est en forgeant qu’elle deviendra « forgeron »? Il faut dédramatiser, sans néanmoins niveler vers le bas. Après tout, ne sélectionne-t-on pas les candidats aux conservatoires d’art en fonction de leur potentiel? Or, n’est-ce pas admissible qu’un employeur puisse considérer un artisan de la langue sous le même angle? Au nom de l’humanité, du postcapitalisme radical et d’une génération qui entre sur le marché du travail et introduit un nouveau rapport de valeurs quant à l’équilibre vie-travail, les mentors universitaires devraient peut-être éviter de communiquer leur crainte du chômage sans, bien entendu, cesser de pousser leurs élèves à donner le meilleur d’eux-mêmes.
En somme, l’heure de bifurquer d’un mode de pensée peut-être révolu a sonné. Qui vit dans la peur ne sera, dit-on, jamais libre. Alors, à vos crayons, gribouillez! Il est temps de dépasser le zèle linguistique et de conquérir l’univers sémiotique du langage. D’ailleurs, apprenez que les textos ne démontrent pas forcément une lacune au niveau de la maîtrise de la langue, mais présentent une innovation tout à fait remarquable qui met à profit sa malléabilité (d’où de meilleures chances de survie, entre autres). Pourquoi prôner une tenue vestimentaire adéquate à l’entrevue, qui cadre avec l’emploi postulé, mais ne pas reconnaître l’usage linguistique qui sied aux différents moyens de communication? Un exemple de prescriptivisme à outrance.
I have a dream… L’être qui embauche aura éventuellement consulté quelques billets du blogue de ses postulants, alors qu’eux, auront assurément fouillé de fond en comble le site Internet de la compagnie à laquelle ils soumettent leur candidature. Ainsi, le recruteur saura pêcher bien davantage qu’un diplôme noyé dans une mer de bacheliers tous plus excellents les uns que les autres, mais recrutera une personne qui enrichira l’entreprise tout entière.

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